Archives mensuelles : mars 2013

Où sont les auteurs francophones autopubliés ?

Il y a quelques semaines, lulu.com – un des plus gros éditeurs en ligne pour les auteurs autopubliés -annonçait qu’ « à compter du 15 janvier 2013, il ne soumettrait plus les eBooks en français […] aux canaux de distribution de livres numériques en dehors de Lulu.com ». Pour justifier cette décision, Lulu expliquait que « ni les revenus, ni l’intérêt du public envers […] les ouvrages en français ne se sont avérés suffisants pour justifier les coûts opérationnels requis pour vérifier et soumettre ces types de livres numériques aux canaux de distribution. »  Sachant que je perçois l’arrivée du livre numérique comme une révolution proche de celle du livre de poche (qui fête ses 60 ans cette année), cette nouvelle m’a laissé bête (pour ne pas dire autre chose). Un peu comme si, il y a une dizaine d’années, Apple avait dit « Naaah, la musique numérique n’a pas d’avenir ». Pourtant, autant j’ai l’impression qu’il y a un vrai dynamisme et un engouement pour les livres numériques et l’autopublication de l’autre coté de l’Atlantique, ou même, plus près de nous, en Allemagne, autant j’ai l’impression que les auteurs français passent pour l’instant à coté de la plaque. La décision de Lulu va dans ce sens, et un autre élément est venu renforcer cette impression: l’activité sur le forum des auteurs KDP francophones.

Je me suis amusé à compiler les statistiques affichées sur le forum KDP sur le nombre de discussions, de messages publiés, et le nombre de messages publiés par le top 10 des contributeurs. Ces chiffres sont disponibles pour l’ensemble du forum, mais aussi pour chaque section locale à un langage (allemand, français, etc…). Sachant que le KDP n’a pas été disponible dans toutes les langues et tous les pays en même temps, j’ai également noté la date d’ouverture de la première boutique Kindle dans chaque langue, afin de calculer le nombre moyen de nouveaux fils de discussions (threads) et messages postés chaque jour. Le tableau ci-dessous présente les données collectées et les résultats obtenus le 13 mars 2013:

Langue forum KDP Ouverture boutique Kindle Threads Messages Threads par jour Messages par jour
Anglais 11/2007 53375 416188 27,14 211,59
Allemand 04/2011 1629 19293 2,26 26,80
Français 10/2011 897 1877 1,67 3,50
Japonais 11/2012 347 546 2,48 3,90
Italien 12/2011 855 1619 1,80 3,40
Portuguais 12/2012 305 490 2,77 4,45
Espagnol 12/2011 1362 2882 2,86 6,05

L’analyse de ces chiffres confirme que les auteurs francophones sont à la traîne. Quand on regarde le nombre quotidien moyen de nouvelles discussions ou de messages postés, le forum francophone est bon dernier, avant dernier dans le meilleur des cas. Et si ces chiffres sont proches de ceux de pays ou le KDP est arrivé beaucoup plus récemment (Brésil, Japon),  ils sont inférieurs de un ou deux ordres de grandeur comparés aux leaders de ce classement: pour chaque nouveau message publié sur le forum français, il y en a 8 sur le forum allemand, et 70 sur le forum anglais. La comparaison avec ce dernier est injuste car il y a beaucoup plus d’anglophones que de francophones, mais celle avec le forum allemand est beaucoup plus parlante, car le nombre de locuteurs (et donc d’auteurs potentiels) est voisin.

On peut argumenter que ces chiffres ne sont que des moyennes, et qu’il y a peut être beaucoup de spams affectant principalement les forums anglais et allemand. Après  vérification rapide, ça ne semble pas être le cas. Comme sur le forum francophone il y a quelques mois, Amazon semble avoir supprimé à la fois les spams et leurs auteurs.

On pourrait aussi se demander s’il n’y a pas sur chaque site un noyau de contributeurs particulièrement actifs, avec une communauté plus ou moins forte derrière eux. Sur le forum anglophone, le membre le plus actif a publié 14 723 messages, la moyenne du top 10 est de 5 932. Mais sachant que ce forum est actif depuis 2007, et qu’il y a beaucoup plus d’anglophones que de francophones, ces chiffres ne sont pas comparables. Regardons plutot le forum Allemand, créé en avril 2011, seulement 6 mois avant le forum français: son membre le plus actif compte 1250 messages, et le top 10 a une moyenne de 816 messages. À titre de comparaison, je suis en passe de devenir le contributeur le plus important du forum francophone avec 62 messages… Pour rendre les chiffres vraiment comparables, un contributeur du top 10 anglais poste en moyenne 3 messages par jour, dans le top 10 allemand 1.1 message, dans le top 10 français 0.06… Dire que le forum des auteurs KDP francophones est anémique serait en dessous de la vérité.

Finalement, comment expliquer ce manque de dynamisme ? Je ne sais pas. Peut être la concurrence d’autres plateformes ? En France, la FNAC distribue un concurrent du Kindle avec une grosse librairie. Peut être que les auteurs utilisent plutôt cette platforme ? À moins que les français ne soient pas séduits par le livre numérique, même s’ils n’hésitent pas à utiliser massivement Amazon pour commander leurs livres papiers, et que cette dernière ne lésine pas sur le marketing autour de son Kindle. Ou alors, les auteurs francophones autoédités se retrouvent sur un autre forum, plus important que celui du KDP ? Dans ce cas, je ne l’ai pas trouvé. Si vous avez une explication, je suis preneur. Je suis curieux de lire vos commentaires.

Comment écrire une description vendeuse pour son livre ?

Votre futur lecteur a mordu. Il est tombé sur votre livre, et le titre et la couverture l’ont convaincu d’aller en voir un peu plus. Il vous faut maintenant le ferrer, c’est le rôle de la description.  Celle-ci doit convaincre le lecteur que vous connaissez ses attentes, et lui en dévoiler juste assez pour le laisser sur sa faim et l’inciter à acheter, ou au moins à télécharger l’extrait gratuit. Cet article détaille les caractéristiques d’une description vendeuse.

Amazon limite les descriptions à quatre mille caractères. Ne vous sentez pas obligé de tous les utiliser. Passez en revue la description des livres du top cent des meilleures ventes, et vous remarquerez que la plupart d’entre elles comportent moins de mille caractères. Ce n’est pas un hasard : il ne s’agit pas de coller votre premier chapitre dans la description, mais de donner en quelques lignes un aperçu des éléments centraux de l’histoire : le genre (par exemple : policier, romance, science fiction), les personnages principaux (qui sont ils, quelle est leur situation, leurs relations, etc…), et l’amorce de l’intrigue (quels défis vont devoir relever les protagonistes ?). Il n’y a pas de modèle idéal, mais voici quelques points clés que vous voudrez généralement respecter :

  1. Ne mentionnez que l’intrigue et les personnages principaux. Allez droit au but, ne créez pas de confusion en faisant référence aux intrigues ou aux personnages secondaires de votre histoire.
  2. Limitez la description à 150 mots. Votre lecteur ne consacrera que peu de temps à votre livre avant de décider s’il l’achète ou pas. Vous ne devez surtout pas l’ennuyer avec des détails qui ne deviendront importants que beaucoup plus tard. Si vous n’arrivez pas à l’intriguer en moins de 150 mots, vous n’y arriverez pas davantage en 500.
  3. Utilisez la troisième personne et le temps présent. Peu importe que votre histoire soit écrite au passé et à la première personne, la description doit plonger le lecteur dans l’histoire et lui faire comprend qui sont les protagonistes. La troisième personne et le présent sont les meilleurs outils pour atteindre cet objectif.
  4. Mentionnez les références de votre genre. Si vous écrivez de la science fiction et que vous avez été influencé pas Asimov, n’hésitez pas à le mentionner dans votre description. Si c’est une histoire de vampire, évoquez True Blood ou Anne Rice. Ces références identifieront mieux que mille mots le genre de votre livre, et en bonus vous apparaîtrez dans les résultats de recherche portant sur les auteurs/titres référencés.
  5. Citez votre meilleure critique. À la fin de votre description, cette critique devrait donner l’impression qu’une tierce personne – qui inspire confiance donc – a adoré votre livre. Si vous avez obtenu une telle critique, idéalement d’une source prestigieuse, utilisez là. Si votre meilleur commentaire vient de votre mère, ou même de votre imagination, utilisez le aussi, ne metionnez simplement pas la source.
  6. Choisissez des mots véhiculant des émotions fortes. En anglais, ce sont des “power words”, des mots qui devraient sauter à la figure et susciter une émotion chez le lecteur. Par exemple : passion, terreur, rage, fureur, etc… Quel que soit votre genre, votre lecteur recherche une émotion, vous devez le convaincre qu’il la trouvera dans votre livre. Si votre description est terne, “quotidienne”, il passera son chemin. Faites toutefois attention à ne pas abuser de ces mots, trois ou quatre dans votre description devrait être amplement suffisant.

Il y a une situation dans laquelle les conseils précédents ne s’appliquent pas tous : quand votre livre est un ouvrage technique. Dans ce cas, votre description doit être plus volumineuse et vous avez intérêt à utiliser vos 4000 caractères. Il ne s’agit plus d’intriguer le lecteur, mais de lui prouver que vous savez quelles questions il se pose, et de le convaincre que les réponses sont dans votre livre. Il se peut également que certains de vos lecteurs ne soient intéressés que par un chapitre précis de votre livre, un chapitre secondaire pour vous, mais critique pour eux. Votre description doit donc :

  1. Identifier le public ciblé :débutants, amateurs, professionnels.
  2. Expliciter l’objectif visé : découvrir le tricot, apprendre à programmer en C#..
  3. Citer tous les sujets traités, par ordre d’importance. Vous voulez que les sujets qui vont intéresser la majorité de vos lecteurs soient mentionnés dans les premières lignes de votre description. Au final, vous devriez retrouver le contenu de votre table des matières, mais dans un ordre différent. Il est important de mentionner tous les sujets traités, et d’utiliser le plus possible des mots-clés qui leurs sont associés afin d’exploiter au maximum le moteur de recherche d’Amazon et que votre livre apparaisse bien placé dans beaucoup de résultats de recherches.

Une fois votre description écrite, vous voudrez probablement travailler sur sa mise en page afin de mettre en valeur certaines parties. Par exemple mettre en gras ou en couleur certains mots clés, ou en italique une critique élogieuse. Amazon n’offre pas d’outil pour faire cette mise en page facilement, mais vous pouvez tout de même le faire si vous être familier avec le HTML. En HTML, la mise en forme d’un bloc de texte se fait en l’encadrant avec des balises. Le code html “<b>gras</b>” s’affichera “gras”, “<i>italique</i>” s’affichera “italique”,  “<b><i>gras et italique</i></b>” s’affichera “gras et italique”. Malheureusement, vous ne pouvez pas utiliser ces balises telles quelles dans votre description. Vous devez remplacer tous les “<” par la séquence de caractères “&lt;” et les “>” par “&gt;”. Dans l’exemple précédent, “<b>gras</b>” devient “&lt;b&gt;gras&lt;/b&gt;”. Attention, le texte devient rapidement illisible, et les erreurs sont faciles. C’est donc une technique que vous voudrez utiliser parcimonieusement, d’autant plus que vous ne voulez pas non plus transformer votre description en sapin de noël.

Si vous cherchez davantage de conseils sur la rédaction d’une description accrocheuse, et que l’anglais ne vous rebute pas, allez jeter un oeil à cet article de l’auteur Richard Ridley écrit pour Amazon CreateSpace, ou encore à cette entrée de blog de Catherine Ryan Howard. Et vous, y-a-t-il d’autres points que vous pensez indispensables pour qu’une description soit efficace ?